
Un nom se détache au 18e siècle parmi ceux des professeurs d'hydrographie - celui de Pierre BOUGUER. Qui était-il ?
Né au CROISIC, le 10 février 1698, il était le fils de Jean BOUGUER, professeur de pilotage dans cette ville et auteur d'un "Traité complet de la navigation" réputé, édité en 1698 à PARIS.
Jean BOUGUER avait navigué pendant 10 ans sur les vaisseaux du Roi.
Marin valeureux, il avait été amputé d'une jambe à la suite d'une blessure reçue au combat de BANTRY (Irlande).
Pierre BOUGUER succéda à son père lorsque celui-ci mourut en 1714. Le maître, plus jeune que la plupart de ses élèves, acquit promptement une célébrité justifiée.
Ses travaux personnels et le succès de son enseignement au CROISIC, valurent à BOUGUER l'honneur d'être nommé en 1730, professeur royal d'hydrographie au HAVRE, siège de l'École d'hydrographie la plus importante de FRANCE.
Quelques mois plus tard, le 5 septembre 1731, l'Académie des Sciences lui ouvrit ses rangs.
En 1735, cette illustre Compagnie envoya BOUGUER, GODIN et LA CONDAMINE au PEROU pour mesurer près de l'Équateur la longueur d'un arc de méridien de 1°, opération qui servit à déterminer la figure et la grandeur- de la terre.
Pendant son voyage au PEROU, expédition scientifique extraordinaire qui vient d'être narrée avec grand talent par FLORENCE TRYSTRAM dans un ouvrage intitulé "Le Procès des Etoiles" (Seghers Ed.) ouvrage où cependant le lecteur averti s'étonnera que nulle part il ne soit dit qu'il était professeur d'hydrographie, BOUGUER fut remplacé au HAVRE pendant dix ans, par des pilotes entretenus de ce port.
Bouguer a beaucoup écrit. C’est un des savants qui ont le plus contribué au progrès des sciences pendant la première moitié du 18e siècle ;
Ses nombreux travaux ont porté sur la densité de l'air, la réfraction terrestre, astronomique, le diamètre des planètes, la dilatation des métaux, le pendule, la manœuvre des vaisseaux, la navigation, la construction du navire, la théorie du navire à laquelle il fit faire des progrès considérable etc...
Ajoutons encore qu'il est l'inventeur de l'héliomètre qui porte son nom, qu'il constata le premier, la déviation que l'attraction des montagnes fait éprouver aux pendules, qu'il est le créateur de la photométrie, .....
Obligé, en qualité d'Astronome du Roi, de demeurer à PARIS, il donna en 1765 sa démission de professeur d'hydrographie à l'École du HAVRE et abandonna la carrière de l'Enseignement pour se consacrer exclusivement aux études scientifiques qui ont immortalisé son nom.
Il mourut, usé par une vie de travail intense, le 15 août 1758.
La lecture de ce qui précède pourrait porter à croire qu'au 18e siècle l'enseignement de l'hydrographie connut une grande prospérité. Ce serait
inexact, car cet enseignement était tombé dans une grande décadence.
CHOISEUL, devant les réclamations générales, réorganisa les écoles royales publiques à BREST, ROCHEFORT et TOULON, par son ordonnance du 14 septembre 1764.
A BREST, BLONDEAU fut le premier professeur de l'École publique d'hydrographie (1764).
A ROUEN, où l'enseignement était assuré par des professeurs recrutés parmi les anciens navigateurs, un nommé DULAGUE reçut de l'Amiral de BOURBON une commission officielle pour enseigner l'hydrographie. Ses cours n'eurent de succès que lorsqu'il fut nommé au Collège de ROUEN. Son audience fut alors telle qu'il prit la décision de publier en 1768 un traité intitulé "Leçons de navigation". Cet ouvrage, adopté par toutes les Ecoles d'hydrographie, fut réédité jusqu'à 12 fois, la dernière édition datant de 1849.
Ainsi qu'il le disait lui-même dans l'Avertissement, ces leçons étaient principalement extraites du "Traité de Navigation" de Pierre BOUGUER, revu et abrégé par l'abbé de LA CAILLE, de l'Académie des Sciences (1760).
A MARSEILLE, Jean Mathieu de CHAZELLES devait tracer des cartes marines pour "LE NEPTUNE FRANCOIS " ou Recueil des cartes marines levées, et gravées par ordre du Roi.
Par ailleurs le Père ESPRIT PEZENAS qui fut à MARSEILLE professeur d'hydrographie de 1728 à 1749 et Directeur de l'Observatoire de 1749 à 1764, publia un certain nombre d'ouvrages sur l'hydrographie dont des "Élément de Pilotage" (1733 et 1741) et "L'Astronomie des Marins", imprimé à AVIGNON (1766) chez la veuve GIRARD et en vente à MARSEILLE, chez J. MOSSI, à la CANEBIERE.
A NANTES, LE GAIGNEUR, publiait un traité de navigation intitulé "Le pilote instruit" (1781).
C'est seulement au 18e siècle que la navigation astronomique apporta une solution au problème de la détermination de la longitude en mer, tout d'abord grâce aux distances lunaires et ensuite aux chronomètres.
Il était indispensable que les pilotes, dans la Marine de l'État, se mettent au courant de ces méthodes ardues.
TURGOT, Ministre de la Marine en 1774, fonda un corps de pilotes astronomes. Mais les procédés astronomiques nécessitaient des connaissances qu'ils ne purent jamais acquérir, celles-ci étant au-dessus de leur culture.
Il fallait faire appel aux officiers. Mais à part quelques exceptions, ceux-ci se désintéressaient de la conduite du navire et avaient livré aux pilotes cette partie de leur mission.
"La manœuvre fut, de tout temps, la Science chérie de l'officier, écrivait FLEURIEU en 1773, et on doit convenir qu'elle est la partie la plus brillante de son métier".
Le pilotage, entaché de nombreuses erreurs, "méritait le dédain et l'abandon aux Pilotes".
Cependant, lentement, le goût et la pratique des Sciences exactes se répandirent dans la Marine.
Sur l'ordre de CHOISEUL, l'académicien BEZOUT écrivit un "Cours de Mathématiques" très étendu contenant les connaissances exigées des Gardes du Pavillon et de la Marine pour devenir officiers. Ce cours comprenait 5 parties en 6 volumes in-8°. Édité entre 1764 et 1769, il eut de nombreuses rééditions, la dernière datant de 1848. BEZOUT publia également un "Traité de Navigation".
Dès lors, en service courant, on utilisera les méthodes nouvelles.
Au milieu du 19e siècle, la Marine comptait toute une phalange de savants navigateurs. Ce fut d'ailleurs l'époque des Marins astronomes dont le plus célèbre fut l'Amiral MOUCHEZ qui devint Directeur de l’observatoire de PARIS en 1877.
Par une nouvelle ordonnance du 1er janvier 1786, le Maréchal de CASTRIES, Ministre de la Marine, réforme les Écoles d'hydrographie.
Pour la première fois, les professeurs furent recrutés au concours et les méthodes d'enseignement uniformisés.
Cependant le Roi se réserve la nomination dans les Écoles de la Marine Militaire : BREST, LORIENT, TOULON et ROCHEFORT.
Les élèves furent soumis à des examens. Deux hydrographes examinateurs furent chargés d'inspecter les Écoles pour maintenir un niveau commun dans toutes les Amirautés.
En dehors des Écoles officielles, les villes pouvaient ouvrir, à leur gré, des Établissements où l'on enseignait l'hydrographie sans que les maîtres aient le droit d'être appelés Professeurs d'hydrographie.
Les élèves des Écoles d'hydrographie étaient constitués d'une part par les officiers de la Marine Royale qui furent astreints pendant un certain nombre d'années à suivre un cours d'hydrographie, d'autre part, par les jeunes gens préparant l'obtention au concours soit du brevet de maître ou de pilote, soit du Brevet de maître au cabotage ou de pilote lamaneur.
L'intendant du HAVRE, pour attirer les élèves, songea à la fin du 18e siècle, à donner une "solde" aux élèves les plus laborieux. Mais il eut, semble-t-il, bien des difficultés pour obliger les élèves à suivre assidûment les cours.
En 1787, ROMME, correspondant de l'Académie des Sciences de PARIS, et professeur royal de navigation des Élèves de la Marine, publiait à la ROCHELLE "l'Art de la Marine" ou principes et préceptes généraux de l'Art de construire, d'armer, de manœuvrer et de conduire des Vaisseaux. Cet ouvrage était dédié au Maréchal de CASTRIES.